Dans le cadre de ma formation universitaire, j’ai eu la chance de suivre un cours optionnel abordant notamment le problème des garçons à l’école, Sexologie et condition masculine. Parmi les thèmes abordés quant à la condition des hommes, celui du décrochage scolaire et des difficultés des jeunes garçons à l’école m’a tout particulièrement interpelé. Par ce cours, je cherchais à comprendre en profondeur les causes de ces difficultés et de trouver peut-être des pistes de solutions que je pourrais utiliser en tant que futur enseignant. Comme l'exprime si bien Daniel Pennac, la question complexe des difficultés scolaires des garçons reste vague et aucune solution claire n’a été encore définie. Tout d’abord, les faits sont dramatiques quant au taux de diplomation des garçons, tant au Québec, que dans le reste du monde. Dans l’article Le gâchis scolaire du Journal de Montréal, daté du jeudi 11 septembre 2008, Jacques Parizeau explique clairement la différence entre les filles et les garçons au niveau du taux de diplomation au Québec. Les filles ont alors une avance énorme sur leurs collègues masculins qui prouve l’ampleur du problème. Dans la CSDM, après cinq ans d'études secondaires, « selon le cheminement normal des études, à peine plus du tiers des garçons ont obtenu leur premier diplôme (le chiffre exact est de 35,6 %) [vs. 46 % des filles]. Après sept ans, le nombre de garçons diplômés n’a pas encore atteint la moitié de la cohorte [49 % des garçons diplômés vs. 63 % des filles]. »
Deux hypothèses sont alors proposées pour répondre à la question des difficultés scolaires des garçons. La première est une hypothèse sociale : si le garçon a de la difficulté à l’école, c’est que le code masculin (exemple : l’affirmation personnelle) est à l’encontre des valeurs de l’école (exemple : conformité aux attentes sociales). La solution serait donc de changer les garçons, tranformer de façon radicale le code masculin. Dans son article du Journal de Montréal daté du 9 septembre 2008, Autopsie d’un désastre, Geneviève Lefebvre tente d’expliquer la tragique tuerie de Dawson en répondant à l’hypothèse sociale du code masculin. Madame Lefebvre explique l’importance de la « masculinité chez ces êtres invisibles qui pour exister, se forgent de nouveaux personnages de sombres héros ». Sans pousser à l’extrême, en citant l’exemple des tireurs fous dans les écoles, ces tueries demeurent toutefois « la cristallisation tragique d’un malaise certain. Les garçons apprennent moins bien, les garçons décrochent, les garçons se battent. Le manque de modèles masculins forts est évident ». En plus d’aborder l’importance des bons modèles masculins auprès des garçons, l’auteur de cet article s’intéresse également à un sujet qui me concerne tout particulièrement : la présence, ou plutôt l’absence des hommes dans l’enseignement, plus spécifiquement au primaire. « Peut-être qu’en restituant toute sa noblesse à la vocation de prof, les garçons auront à leur tour le désir de devenir des modèles. Et que leur masculinité n’aura plus besoin de ‘sombre héros’ ».
CANOË INFOS, Autopsie d’un désastre. En ligne, http://fr.canoe.ca/infos/chroniques/genevievelefebvre/archives/2008/09/20080909-091001.html , consulté le 14 novembre 2009.
Bien qu’il soit souhaitable de voir le nombre d’enseignants masculins augmenter, il ne faut en rien blâmer les femmes d’y être présentes. Dans l’article du Devoir du 12 novembre 2002, Les difficultés scolaires des garçons, Johanne Fortier rejoint également l’hypothèse sociale en soulignant l’aspect que « devenir un ‘homme’, comporte des exigences qui sous certains aspects risquent de distancier de l’école. […] Il est dramatique pour les garçons que la réussite et la persévérance scolaires soient perçues comme des valeurs féminines ». Selon elle, il faut changer la société : « L’école fait sûrement partie de la solution, mais n’est pas toute la solution. La société dans son ensemble doit cesser d’envoyer des messages ambigus aux garçons sur les possibilités de réussite sans scolarisation adéquate ». Toutefois, changer une société est-il possible?
LE DEVOIR.COM, Les difficultés scolaires des garçons - S'inspirer du féminisme, plutôt que le dénigrer. En ligne, http://www.ledevoir.com/2002/11/12/13155.html , consulté le 14 novembre 2009.
La seconde hypothèse qui veut répondre à la question des difficultés scolaires des garçons est essentialiste : c’est l’essence même des garçons (leur nature neurobiologique) qui expliquerait leurs difficultés. L’école ne ferait pas assez de différence dans l’apprentissage des garçons et des filles. La solution serait donc de changer l’école. Charles Côté réfute d’ailleurs les propos précédents de madame Fortier sur la réponse sociale dans son article du Devoir du 13 novembre 2002, Au-delà du féminisme, ne pas faire déraper le débat. « Il devrait se dégager une pédagogie et un milieu de vie scolaire qui tienne particulièrement compte des garçons : des règlements, un code de vie qui les reflète, des projets rassembleurs comme celui sur la chevalerie à l’école Sainte-Odile de la CSDM où les garçons revêtent l’idéal de virilité et de courtoisie, de grandeur d’âme du Moyen Âge ». D’ailleurs, durant mon premier stage, j’ai pu observer l’intérêt de mes garçons pour le code de la chevalerie lorsque j’ai abordé le thème du Moyen Âge. J’y faisais souvent référence et mes garçons adoraient se comparer aux preux chevaliers, mais changer l'école est-il possible?
INFOBOURG, L’AGENCE DE PRESSE PÉDAGOGIQUE, Au-delà du féminisme, ne pas faire déraper le débat. En ligne, http://www.infobourg.com/sections/actualite/actualite.php?id=7664 , consulté le 14 novembre 2009.
Bref, les deux hypothèses avancées pour répondre à la question des difficultés des garçons à l’école apportent des arguments qui nécessitent encore beaucoup de recherche. Les solutions proposées (changer les garçons ou changer l’école) sont démesurées et demandent l’intervention de toute la société ou du gouvernement. Cependant, l’importance des modèles masculins à l’école refait surface dans l’ensemble des articles. Comme le souligne Charles Côté dans son article précédent : « Je prends plaisir à constater qu’ils [les garçons] imitent souvent leur professeur masculin dans sa gestuelle, sa tournure d’esprit ». Si je peux alors servir d’exemple, c’est à moi que revient le devoir de leur insuffler le goût de l’école et de la réussite. Afin d’aider mes garçons en classe, il est important que je sois un bon modèle, mais que je leur présente également des modèles masculins variés, notamment ceux qui ont poursuivi leurs études bien après le secondaire. Un enseignant peut parfois donner des ailes, comme l'exprime si bien Alexandre Poulin dans son Écrivain acoustique.

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