Enseigner, c'est offrir une partie de soi.

On n'enseigne pas ce que l'on sait ou ce que l'on croit savoir : on n'enseigne et on ne peut enseigner que ce que l'on est. - Jean Jaurès
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mardi 11 octobre 2011

« Si nous avons quitté, c’est pour revenir gagnants. Si nous avons quitté, c’est pour revenir plus grands. » — Corneille

Compétence 13 : S'approprier la réalité pluriethnique de la société québécoise et de l'école montréalaise, se sentir réellement concerné dans ses actions pédagogiques, développer les compétences de l'éducation interculturelle.

Dans le cadre du cours Pluriethnicité et éducation au Québec, nous nous sommes sensibilisés à la réalité des immigrants et des réfugiés. Nous avions à créer un travail afin de faire prendre conscience aux élèves de troisième cycle du primaire des dangers du racisme par l’analyse des étapes racistes menant au génocide.

Depuis longtemps, l’histoire du chanteur Corneille, originaire du Rwanda, m’avait interpelé et il m'était évident de choisir son histoire pour travailler la tolérance avec mes élèves.

Mi-avril 1994, la terreur règne dans Kigali. Alors que l'élite hutue fuit, la famille Nyungura décide de rester. « Entre le 6 et le 15, on ne sortait pas, relate Corneille. On était en état de siège, c'est aussi simple que ça. » Il apprend, en téléphonant à des amis, la mort de nombreux camarades.

Un groupe armé fait irruption chez Corneille en pleine nuit et fusille toute sa famille sous ses yeux. Le jeune homme ne doit la vie qu'au canapé derrière lequel il trouve refuge.

« J'étais là et pas là, se souvient-il. J'étais là jusqu'à ce que les gens commencent à tirer. Quand ils ont tiré et après, mentalement, j'étais ailleurs. J'ai le souvenir de militaires armés. Il n'y avait pas d'électricité, qu'une petite bougie. »

Jean-Philippe Cipriani. (2006). Une famille massacrée. Le mystère Corneille. En ligne http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2006/04/19/008-Corneille_Famille.shtml , consulté le 18 février 2010.
En tant qu’enseignant, nous avons à cœur le bien-être de nos élèves et la volonté de voir ces derniers se développer au plan intellectuel et personnel. Malgré que nous vivions dans un cocon démocratique au Québec, nous finissons par oublier la chance que nous avons de vivre dans un milieu où l’égalité des chances est réelle. Toutefois, l’histoire de Corneille et celle du génocide rwandais nous montrent la fragilité de cet équilibre et de cette tolérance. En tant qu’enseignants, nous avons un devoir de toujours analyser nos interventions et notre vision du monde. Il est facile de pointer du doigt, surtout lorsque nous ne connaissons pas « l’autre » qui nous dérange dans nos valeurs. Il ne faut toutefois pas tomber dans le piège qu’est le racisme qui peut mener malheureusement à des situations extrêmement graves telles que la Shoah pour le peuple juif ou l’horreur du génocide rwandais, et qui commence bien souvent par de toutes petites réflexions faites en classe.

Au-delà du devoir de tolérance de l’enseignant, il est important que celui-ci s’intéresse aux origines de ses élèves, car celles-ci peuvent avoir une grande influence sur ses études. C’est ainsi que lors de mon premier stage, se faisant dans une école multiethnique de ma région (le tiers des enfants sont d’une autre origine), j’ai appris qu’une de mes élèves vivait un drame à la maison. À l’époque, la guerre sévissait au Sri Lanka, son pays d’origine. Elle n’avait plus de nouvelles de sa famille depuis plus de deux semaines et ne savait pas s’ils étaient encore en vie. Derrière le sourire resplendissant de cette petite fille se cachait un réel drame. Il suffit parfois d’un peu plus d’écoute de l’enseignant pour découvrir la réalité de ses marchands de rêves, comme l’exprime si bien Corneille dans sa chanson qui illustre l’espoir qui pousse tant d’hommes et de femmes à quitter leur pays.

jeudi 8 octobre 2009

« Le bonheur n’est pas une plante sauvage, qui vient spontanément, comme les mauvaises herbes des jardins : c’est un fruit délicieux, qu’on ne rend tel, qu’à force de culture. » — Nicolas Restif

Compétence 1 : Agir en tant que professionnel héritier, critique et interprète d’objets de savoirs ou de culture dans l’exercice de ses fonctions.

Le bonheur n’est pas inné, il faut le cultiver par la culture. Cette citation illustre à merveille le pouvoir d’éveil qu’a la culture sur l’individu. Notre rôle d’enseignant est d’éveiller nos élèves à celle-ci afin de les rendre meilleurs et plus heureux.

Comme le spécifie le Programme de formation de l’école québécoise (2001), « L’école a donc un rôle actif à jouer au regard de la culture, entendu comme le fruit de l’activité de l’intelligence humaine, non seulement d’hier mais d’aujourd’hui. À cette fin, elle doit offrir aux élèves de nombreuses occasions de découvrir et d’apprécier ses manifestations dans les diverses sphères de l’activité humaine au-delà des apprentissages précisés dans les programmes disciplinaires. Par ailleurs, chaque discipline est porteuse de culture tant par son histoire que par les questionnements particuliers qu’elle suscite ». Il est alors facile d’intégrer la culture en classe, car elle peut servir toutes les disciplines de notre enseignement.

Dans le cadre de mon troisième stage se faisant hors Québec, la culture a pris une place très importante. En plus de découvrir les richesses culturelles de l’Italie, j’ai partagé à mon tour certains aspects de ma culture québécoise à mes élèves et amis italiens. Parmi les projets culturels que j’ai mis en place lors de ce stage, l’interprétation du « P’tit bonheur » de Félix Leclerc est ma plus grande fierté.

Notre projet commun visait à faire connaître un élément de notre culture québécoise à travers la découverte d’un de nos poètes inspirants, Félix-Leclerc. Plus précisément, nous avons élaboré une vidéo réalisée par nos élèves qui y interprètent le « P’tit bonheur » avec la passion, la détermination et la spontanéité des enfants de cinq à douze ans.

Lors de ce stage à l’étranger, chaque matin se faisait au rythme des poèmes de Félix. En plus de se familiariser avec le contenu du texte, avec les images qu’il suscitait, je présentais la vie de l’homme aux souliers qui ont beaucoup voyagé.

Ce projet commun entre les 28 stagiaires hors Québec a pu également s’inscrire dans le projet de médiation culturelle de la ville de Vaudreuil-Dorion avec laquelle nous avons établi un partenariat ainsi que l’équipe bénévole de la maison de Félix Leclerc. Alors que la ville de Vaudreuil-Dorion met en place plusieurs activités à caractère culturel pour unir les diverses communautés qui s’y installent récemment, notre projet s’inscrivait dans cette perspective de rassemblement des hommes dans leur diversité par le pouvoir unificateur de la culture. Nous avons également perpétué la mémoire de Félix Leclerc et ainsi collaboré avec les bénévoles de sa maison à Vaudreuil-Dorion, lieu de résidence du poète pendant plusieurs années.

Par ce projet, j’ai pu découvrir le grand intérêt que manifestent les enfants pour la culture, aussi diverse qu’elle soit. J’ai vu les sourires des enfants, des parents et de mes collègues tout au long de ce « p’tit bonheur » qu’a été notre projet. La culture s’intègre facilement en classe, il ne faut qu’un peu de volonté de la part de l’enseignant et se créent de grands et beaux projets. « Mon bonheur a fleuri, il a fait des bourgeons. C'était le paradis, ça se voyait sur mon front. » — Félix Leclerc