Depuis des années, les
connaissances sur l’intelligence et le développement du cerveau ont beaucoup
évolué. La pyramide de Maslow nous a ouvert sur les besoins des élèves et
Gardner a amené le concept d’intelligences multiples. L’enseignement n’est plus
perçu de la même façon qu’auparavant.
L’école accorde beaucoup
d’importance au développement de l’intelligence intellectuelle, mais que
fait-on de l’intelligence émotionnelle? Pourtant, cette intelligence est
responsable à 80% de la réussite de la vie d’un individu.
Sachant que l’adulte est
responsable de l’éducation de l’enfant, pourquoi ne pas l’intégrer à ses
pratiques éducatives?
Si personne n’enseigne à l’enfant
l’intelligence émotionnelle, qui le
fera?
Les élèves de sixième année sont à une période critique de leur développement personnel et émotionnel. C’est à leur âge que le cerveau a acquis la maturité pour maîtriser les émotions qu’ils développent. La question n’est pas pourquoi développer l’intelligence émotionnelle en sixième année, mais comment. Anxiété de performance, stress des examens du Ministère, désir d’indépendance, excitation de finir le primaire, l’élève de sixième année bouillonne d’émotions.
N’oublions pas que l’intelligence émotionnelle est une intelligence qui se développe tout au long de notre vie et qu’elle doit être enseignée aux enfants par des gens significatifs. Cette intelligence se vit par cinq compétence que sont la connaissance de soi et de ses émotions; la maîtrise de soi et la gestion de ses émotions; l'écoute, la bienveillance, l'empathie et la compassion; les aptitudes sociales; la communication entre élèves, la résolution de conflits et la coopération. C’est un rôle primordial trop souvent oublié dans les milieux de l’éducation et pourtant garante de la réussite de l’individu et, par le fait même, de la société de demain.
Comme l'explique si bien Jules Lemaître, la tolérance et l'acceptation sont essentielles en intelligence émotionnelle. L'enseignant doit accueillir les émotions de ses élèves avec ces deux visions qui lui serviront de lunettes pour développer l'intelligence émotionnelle des enfants.
Mon intégration de l'intelligence émotionnelle a commencé par un travail de prise de conscience
de ses émotions le matin (respiration en pleine conscience, cartons, aujourd’hui
j’arrive …). Ce travail de prise de conscience de ses émotions se fait également au
quotidien puisque je profite des occasions que m’offre la classe pour
faire prendre conscience de leurs émotions à mes élèves.
Lorsque nous vivons un moment comique, je leur fait prendre
conscience que l’émotion vécue en groupe est de la joie et du plaisir. Nous
visualisons sa physionomie (illustration ci-haut).
Lorsqu’un élève éprouve de la tristesse, je mentalise cette tristesse, c'est-à-dire que je dis à l'élève l'émotion que j'observe afin qu’il en prenne conscience.
Lorsque des élèves sont en conflits, je leur fait prendre
conscience de leurs émotions et je peux travailler par la suite sur la maîtrise
de soi.
La prise de conscience de soi passe également par la compréhension du fonctionnement du cerveau triunique. Depuis cet apprentissage, je demande aux enfants de me dire à
quel niveau de leur cerveau ils se retrouvent : sont-ils bloqués dans leur
cerveau reptilien ou limbique ou peuvent-ils apprendre dans leur néocortex? Je
leur enseigne comment se rendre disponible pour leurs apprentissages en les
référant aux pictogrammes et à leur représentation du cerveau que nous avons
réalisés. Mes élèves peuvent plus facilement me dire où ils sont situés ou bloqués dans leur cerveau. Ils savent qu’ils doivent bien manger, bien dormir et subvenir à leurs besoins quand ils en ressentent l’envie afin de libérer leur cerveau reptilien. Ils peuvent comprendre l’impact des émotions et de leur intensité sur leurs apprentissages et ont compris l’importance d’en prendre conscience et de les maîtriser. Lorsque je remarque qu’un élève est trop agité, je mentalise et lui explique que sa joie ou son plaisir est trop intense (c’est une très grande joie sur le thermomètre des émotions). Je fais prendre conscience à mon élève qu’il ou elle est bloqué dans son cerveau limbique et qu’il ne peut plus apprendre. La métamorphose est incroyable! Mes élèves savent qu’en travaillant en équipe ils doivent faire un choix : se laisser emporter par la joie d’être avec un ami et ne pas faire d’apprentissage ou décider de maîtriser le plaisir pour pouvoir mieux apprendre. J’adore cette expérience et je comprends mieux le fonctionnement de l’apprentissage de mes élèves!

Nous travaillons également la maîtrise de soi au
quotidien en classe. Avant un examen, nous nous remémorons les techniques de
maîtrise de soi par la respiration et la pensée positive. Lors d’un conflit, j’accompagne
mes élèves dans leur maîtrise de soi. Lorsqu’un élève me fait part de sa
tristesse, je l’accompagne dans une maîtrise saine de cette émotion afin que celle-ci
lui soit avantageuse.
« La volonté est l'intelligence et l'intelligence est
la volonté. » - de Jean Buridan Extrait
du Quaestiones super X libros Ethicorum
J’ai également abordé la maîtrise de soi en présentant l’escalier de la motivation et en situant mes élèves sur cet escalier. Cet exercice a été réinvestie lors des rencontres que j’ai faites avec les parents afin que ceux-ci puissent comprendre où se situe leur enfant par rapport à la motivation. Cet exercice a été révélateur dans ma façon d’aborder la motivation de mes élèves et a permis aux parents de mieux comprendre les techniques à employer avec leur enfant.
«
L’intelligence est insipide sans altruisme. » - de Michel Bouthot Extrait du Chemins parsemés d’immortelles pensées
Au niveau de l’empathie, nous avons fait un exercice très
intense à la suite de mon intervention en groupe par rapport à mon élève
rejeté. Après avoir exprimé ma déception que dans mon groupe se vit du
rejet, mes élèves se sont mis à la place de mon élève rejeté. Ils ont écrit
dans leur cahier d’intelligence émotionnelle comment ils se sentaient s’ils étaient à sa place. Cette
expérience d’empathie les a rendus très vulnérables et plusieurs ont fait
preuve d’une grande vulnérabilité dans l’expression de leur empathie en se remémorant
leurs expériences de rejet ou d’abandon.
Par la suite, nous avons écrit des chaudoudoux (mots donnant chaleur et douceur) à mon élève qui
devait les recevoir des élèves de la classe en se tenant devant le groupe.
Cette expérience fût éprouvante pour l’entièreté du groupe qui se sentait
honteux d’avoir rejeté (par l’ignorance) cet élève. Si plusieurs se sont mis à
pleurer et/ou ne pouvaient plus poursuivre leur lecture du chaudoudoux, c’est dans
un climat d’acceptation mutuelle et de respect des émotions vécues que le tout
s’est déroulé.
Afin de nous faire du bien, nous nous sommes écrit des
chaudoudoux afin de vivre l’expérience de la joie (la polarité de la tristesse)
et de la fierté (la polarité de la honte). Ce fût l’occasion de changer l’atmosphère
qui devenait trop lourde pour mes élèves et pour moi-même. Un beau moment de
joie et de rires!
Pour finir cette activité, nous avons écrit et lu les
phrases que j’avais demandé à mes élèves d’écrire afin de vivre l’expérience en
groupe et d’en prendre conscience : « J’apporte au groupe … Le groupe m’apporte ».
Pour faire suite à cette activité unissant les trois premières
compétences, je demande chaque matin qui s’occupera de mon élève et je demande
aux élèves qui se proposent de venir m’en parler, car tout doit passer par moi, les élèves agissant afin de me faire plaisir puisque je suis la saine
figure d’autorité et d’attachement en classe. Je demande également à mon élève qui est malhabile de venir me
voir lorsqu’il pense vouloir agir avec les élèves afin que je le guide dans son
intelligence interpersonnelle. Je dois parfois lui faire prendre conscience que
tel geste peut mettre mal à l’aise certaines personnes alors que tel autre est
une excellent initiative de sa part!
Pour poursuivre sur le groupe, nous avons fait l’activité des
cercles concentriques afin que les élèves prennent conscience de leur place
dans le groupe et de ceux qui se sentent rejetés du groupe ou plus à part. Je
leur ai rappelé et je leur rappellerai, tout comme je l’ai fait pour mon élève
rejeté, que nous devons maintenant aller chercher les élèves qui se sentent à l’écart.
Diverses émotions se font sentir dans mon groupe lors de mes activités. Je me concentre sur les émotions de base, bien que je leur fasse prendre conscience de leurs émotions sociales au quotidien également.
« L'intelligence sans humour est difficilement de la vraie intelligence. » - de Etienne Chatiliez
La joie est très présente dans ma classe. Nous rions beaucoup et avons du plaisir ensemble. En prendre conscience permet à mes élèves de se remémorer ces souvenirs lorsqu’ils doivent changer de polarité (lorsqu’ils éprouvent de la tristesse).
La tristesse habite certains de mes élèves qui vivent des situations difficiles à la maison ou qui, par leur attachement insécurisé ont parfois plus de difficulté à maîtriser cette émotion et vont la vivre de façon trop intense. Je leur fait prendre conscience qu’elle les habite, mais qu’ils ne la sont pas et qu’ils peuvent la vivre en l’acceptant. Si cela les importune dans une situation où leur cerveau néocortex doit être mis à contribution, je leur donne les outils afin de la maîtriser.
La colère est vécue dans ma classe lors des conflits. J’accompagne l’élève dans sa colère en l’acceptant d’une part et en mentalisant. Ces deux principes me permettent d’avoir un autre regard et de ne pas prendre personnel le fait que mon élève éprouve de la colère. Par l’acceptation, j’ai une vision éloignée du problème qui me permet de mieux intervenir avec l’élève. La mentalisation a pour effet de calmer cette colère et encourage le lien d’attachement essentiel afin d’accompagner l’élève.
La peur est rarement vécue dans ma classe, puisque je sécurise mes élèves. Elle survient parfois avant un examen. Je leur donne les outils afin de la maîtriser. Elle est parfois exprimée lorsqu’un élève me parle de problèmes à l’école ou à l’extérieur. Le fait d’accepter cette peur et que je la mentalise permettent à l’élève, tout comme pour la colère, de savoir mieux la gérer.
Depuis que je fais prendre conscience à mes élèves de leurs émotions, j’ai remarqué qu’il était plus facile pour eux de les maîtriser.
Le développement de la motivation dans ma classe me permet de mieux comprendre comment elle fonctionne. Je sais comment intervenir avec les élèves qui manquent de motivation et je peux servir de pont d’attachement entre moi et le parent lorsque l’enfant en a besoin.
Le développement de l’empathie a été un atout essentiel dans ma classe. Par l’empathie que j’apporte en classe, mes élèves peuvent plus facilement en faire preuve et cette compétence de l’intelligence émotionnelle est la clé des saines relations sociales qui se développent dans ma classe. Grâce au cours que j'ai suivie sur le développement de l'intelligence émotionnelle avec Monsieur Richard Robillard, je suis désormais plus outillé pour comprendre cette forme d'intelligence et l'enseigner à mes élèves.