Compétence 13 : S'approprier la réalité pluriethnique de la société québécoise et de l'école montréalaise, se sentir réellement concerné dans ses actions pédagogiques, développer les compétences de l'éducation interculturelle.
Dans le cadre du cours Pluriethnicité et éducation au Québec, nous nous sommes sensibilisés à la réalité des immigrants et des réfugiés. Nous avions à créer un travail afin de faire prendre conscience aux élèves de troisième cycle du primaire des dangers du racisme par l’analyse des étapes racistes menant au génocide. Depuis longtemps, l’histoire du chanteur Corneille, originaire du Rwanda, m’avait interpelé et il m'était évident de choisir son histoire pour travailler la tolérance avec mes élèves.
Mi-avril 1994, la terreur règne dans Kigali. Alors que l'élite hutue fuit, la famille Nyungura décide de rester. « Entre le 6 et le 15, on ne sortait pas, relate Corneille. On était en état de siège, c'est aussi simple que ça. » Il apprend, en téléphonant à des amis, la mort de nombreux camarades.
Un groupe armé fait irruption chez Corneille en pleine nuit et fusille toute sa famille sous ses yeux. Le jeune homme ne doit la vie qu'au canapé derrière lequel il trouve refuge.
« J'étais là et pas là, se souvient-il. J'étais là jusqu'à ce que les gens commencent à tirer. Quand ils ont tiré et après, mentalement, j'étais ailleurs. J'ai le souvenir de militaires armés. Il n'y avait pas d'électricité, qu'une petite bougie. »
Jean-Philippe Cipriani. (2006). Une famille massacrée. Le mystère Corneille. En ligne http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2006/04/19/008-Corneille_Famille.shtml , consulté le 18 février 2010.
En tant qu’enseignant, nous avons à cœur le bien-être de nos élèves et la volonté de voir ces derniers se développer au plan intellectuel et personnel. Malgré que nous vivions dans un cocon démocratique au Québec, nous finissons par oublier la chance que nous avons de vivre dans un milieu où l’égalité des chances est réelle. Toutefois, l’histoire de Corneille et celle du génocide rwandais nous montrent la fragilité de cet équilibre et de cette tolérance. En tant qu’enseignants, nous avons un devoir de toujours analyser nos interventions et notre vision du monde. Il est facile de pointer du doigt, surtout lorsque nous ne connaissons pas « l’autre » qui nous dérange dans nos valeurs. Il ne faut toutefois pas tomber dans le piège qu’est le racisme qui peut mener malheureusement à des situations extrêmement graves telles que la Shoah pour le peuple juif ou l’horreur du génocide rwandais, et qui commence bien souvent par de toutes petites réflexions faites en classe.
Au-delà du devoir de tolérance de l’enseignant, il est important que celui-ci s’intéresse aux origines de ses élèves, car celles-ci peuvent avoir une grande influence sur ses études. C’est ainsi que lors de mon premier stage, se faisant dans une école multiethnique de ma région (le tiers des enfants sont d’une autre origine), j’ai appris qu’une de mes élèves vivait un drame à la maison. À l’époque, la guerre sévissait au Sri Lanka, son pays d’origine. Elle n’avait plus de nouvelles de sa famille depuis plus de deux semaines et ne savait pas s’ils étaient encore en vie. Derrière le sourire resplendissant de cette petite fille se cachait un réel drame. Il suffit parfois d’un peu plus d’écoute de l’enseignant pour découvrir la réalité de ses marchands de rêves, comme l’exprime si bien Corneille dans sa chanson qui illustre l’espoir qui pousse tant d’hommes et de femmes à quitter leur pays.

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