Enseigner, c'est offrir une partie de soi.

On n'enseigne pas ce que l'on sait ou ce que l'on croit savoir : on n'enseigne et on ne peut enseigner que ce que l'on est. - Jean Jaurès

samedi 14 janvier 2012

« La seule voie qui offre quelque espoir d’un avenir meilleur pour toute l’humanité est celle de la coopération et du partenariat. » — Kofi Annan

Compétence 6: Planifier, organiser et superviser le mode de fonctionnement du groupe-classe en vue de favoriser l’apprentissage et la socialisation des élèves.


Kofi Annan, septième secrétaire général des Nations unies, met de l’avant un aspect fondamental des relations humaines : la coopération. Ce qui s’applique aux grands de ce monde doit également s’appliquer aux petits et c’est pourquoi je désire instaurer un conseil de coopération dans ma classe cette année.

Le conseil de coopération dont je m’inspire fut présenté au Bureau international de l’éducation (UNESCO) ainsi qu’à la 11e session du Centre international de formation à l’enseignement des droits de l’homme et de la paix (CIFEDHOP), en 1993. Il s’agit du conseil de coopération de Danielle Jasmin, dont l’ouvrage[1] m’a permis de comprendre les nombreux avantages que celui-ci peut apporter tant dans ma gestion de classe que pour l’accomplissement personnel de mes élèves.

Ce conseil de coopération rejoint certaines de mes valeurs de références dont l’entraide et le respect qui sont pour moi primordiaux afin d’assurer un sein climat de classe. Il rejoint notamment ma valeur d’entraide, car il ne s’agit pas d’un tribunal, mais bien d’un « lieu où l’on apprend à se comprendre et à s’entraider ».[2] Cette citation de Danielle Jasmin rejoint également ma valeur de tolérance par la compréhension des besoins des autres, non pas pour les punir, mais pour les aider.

Tout comme j’affectionne davantage le modèle pédagogique humaniste par son rapport plus humain du développement de la personne, le conseil de coopération me permet de travailler l’individualité et l’originalité de chaque personne en tant qu’individu en prenant en compte le fait que cet individu fasse partie de la communauté de classe. D’ailleurs, le conseil décharge toute la responsabilité de l’enseignant dans la gestion de classe, en offrant une relation à trois dimensions : l’enfant, l’enseignant et le conseil. L’enseignant n’est plus le seul à trouver des solutions où à appliquer la conséquence, le conseil est là pour le supporter.

En plus de briser la relation de dualité entre l’enseignant et l’élève, le conseil nous permet d’exercer notre métier d’enseignant avec plus de facilité. Ce que je veux dire par cela, et je reprends ici les propos de Madame Jasmin, c’est que « je crois que mon devoir, face à des situations familiales périlleuses, est de proposer de l’aide, de réclamer plus de services pour les écoles, de dénoncer la pauvreté et les situations précaires, mais je ne peux me substituer aux spécialistes, aux administrateurs, aux politiciens. En dehors de l’école, je peux bien militer où je veux, mais à l’école, je suis [un] [enseignant]. C’est cela mon métier. » [3] Il faut que je continue de rester à l’écoute des problèmes de mes élèves, mais j’ai également des cours à donner et de la matière à enseigner. Je ne peux pas me permettre de toujours régler les problèmes dans le vif du sujet. Le conseil me permettra de régler les conflits de la classe, comme je dois le faire d’ailleurs, mais à un temps donné et reconnu par tous, ce qui me facilitera grandement la tâche. Ainsi, je gagne du temps au lien d’en perdre grâce à ce système.

Le conseil de coopération cherche également à régler les conflits et non pas à les interdire. « L’objectif du conseil n’est donc pas qu’il n’y ait plus de conflits. Une société où il n’y en aurait plus serait devenue ou dite totalitaire. Notre tâche est d’enseigner aux enfants à régler les conflits de façon juste, respectueuse et démocratique ». [4] Il faut toutefois que cette démocratisation de la gestion de classe se fasse avec un capitaine, et celui-ci est l’enseignant. Il faut donc conserver une partie des pouvoirs afin de sécuriser les enfants, car nous avons également des responsabilités que nous ne pouvons pas partager avec les élèves, comme certaines notions à enseigner, etc.

Ce conseil de coopération augmente également l’estime de soi des élèves. D’ailleurs, Danielle Jasmin m’a fait beaucoup réfléchir quant aux propos qui augmentent l’estime de soi des enfants. Trop souvent, on pense que donner des qualités augmente l’estime de soi. À vrai dire, cela peut causer un plus grand stress pour l’enfant qui cherche alors à plaire davantage. En fait, « l’estime de soi est la valeur que l’on s’accorde, ce que l’on vaut à nos yeux […]. Je ne crois pas que c’est en disant à un enfant qu’il est beau, bon ou intelligent qu’on augmentera son estime de lui-même. À mon avis, on construit son estime de soi en portant soi-même des jugements sur ses actions ».[5] La forme des félicitations et des critiques du conseil de coopération encourage non pas des qualités, mais des actions. Il ne s’agit pas d’un jugement, mais des faits et des comportements auxquels l’enfant concerné peut juger de sa propre valeur.

Un autre aspect de la gestion particulière de Danielle Jasmin est lié à la résolution de conflit. Elle fonctionne par messages clairs, c’est-à-dire que l’enfant doit décrire le comportement agréable ou désagréable d’une part et dire le sentiment qu’il ou elle ressent. « ‘Maudit que t’es con!’ devient, petit à petit, ‘J’ai eu peur quand t’as enlevé ma chaise au moment où je m’assoyais!’. Grâce à la structure du conseil de coopération, l’expression passe par la parole ».[6] De plus, en aidant à régler les conflits au conseil, cela oblige certains enfants à laisser tomber la poussière et donc, à prendre du recul par rapport au problème. Il arrive même parfois que les enfants règlent leur problème sans aide de l’enseignant, ce que nous souhaitons tous. L’enseignement des messages clairs permet donc d’alléger le temps alloué aux critiques dans le conseil de coopération et permet de responsabiliser les élèves. Si au départ les enfants semblent agir comme des robots en utilisant la technique du message clair, c’est tout à fait normal, car ceux-ci apprennent à l’utiliser et finiront par le faire plus naturellement plus tard.

Finalement, j’ai la chance de bénéficier de l’expertise de mes collègues qui l’ont instauré de différentes manières, dont celle de Lucie Côté qui était mon enseignante de 4e année lorsque j’étais enfant et avec qui j’ai vécu le conseil de coopération. Ses conseils seront très précieux lorsque j’instaurai ce modèle de gestion de classe cette année. Je termine ma réflexion par les propos de Danielle Jasmin affirmant « que lorsqu’on fait confiance aux enfants, lorsqu’on leur donne un véritable droit de parole, lorsqu’on les écoute véritablement, lorsqu’on leur apprend à se servir des structures du conseil de coopération, on parle alors de la vraie vie, on comprend, on s’explique, on coopère et on trouve des solutions ».[7]



[1] Danielle Jasmin, Le conseil de coopération un outil pédagogique pour l’organisation de la vie de classe et la gestion des conflits, Les Éditions de la Chenelière, Montréal, 1993, 122p.
[2] Ibid., p.6.
[3] Ibid., p.17.
[4] Ibid., p.21.
[5] Ibid., p.60.
[6] Ibid., p.61.
[7] Ibid., p.115.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire