Enseigner, c'est offrir une partie de soi.

On n'enseigne pas ce que l'on sait ou ce que l'on croit savoir : on n'enseigne et on ne peut enseigner que ce que l'on est. - Jean Jaurès

samedi 28 décembre 2013

« La connaissance est en elle-même puissance. » ─ Francis Bacon

      
Dans le cadre du cours Accompagner l'enfant stressé et anxieux, j’ai développé une conscience personnelle du phénomène du stress et de l’anxiété ainsi que de son impact sur mon développement professionnel. En en prenant connaissance, j’ai acquis de la puissance nécessaire pour pouvoir y faire face, pour faire de mon stress et de mon anxiété des alliés.  Le cerveau étant un combattant, je dois donc apprendre à combattre mes stresseurs afin d’augmenter mon sentiment de compétence essentiel pour l’enseignant sécurisant que je dois être pour mes élèves (Lupien, 2006).

Pour pouvoir faire face à mes stresseurs, il fallait d’abord que je prenne connaissance de ceux-ci. « Une telle compréhension permet d’agir (au lieu de réagir) avec souvent plus de connaissance, de compétence, d’intention juste et en lien avec les besoins de développement et de maturité de la personne » (Dumas, 2008). Sachant que je dois être une figure sécurisante et aimante pour mes élèves, je dois donc chercher à agir plutôt que réagir afin de développer davantage le lien d’attachement nécessaire entre mes élèves et moi. C’est pourquoi le travail effectué dans mon carnet de stress et d’anxiété (CSA) m’a permis de prendre conscience de mes stresseurs avant que mon anxiété ne devienne pathologique.

Le stress m’est essentiel puisqu’il me permet de m’adapter à mon environnement (Lacourse, 2001). Toutefois, j’ai pris conscience que je vivais davantage de l’anxiété que du stress, car j’anticipais la menace que pouvait représenter un de mes élèves avant même qu’elle ne se produise en classe (Chapouthier, 2012). Cette anxiété liée à la relation résistante d’attachement que je vivais avec un de mes élèves en classe était de nature pathologique puisque je commençais à éviter la source de mon anxiété et que je parlais sans cesse de ce que je craignais en y trouvant des excuses. Mon carnet de stress et d’anxiété révèle ce dialogue que je fais avec mon anxiété sur cet élève tout au long du cours. Toutefois, ayant acquis les connaissances nécessaires lors de ce cours, j’ai mieux compris les sources d’anxiété que représentait cette relation très difficile pour moi.

« Le stress se manifeste lorsque l’individu est confronté à des événements qui, selon lui, mettent en danger son bien-être et devant lesquels il ne pense pas avoir les ressources suffisantes pour réagir » (Lazarus, 1966). C’est ainsi que dans ma relation avec mon élève ayant un style d’attachement résistant, j’ai eu l’impression de ne pas avoir eu le contrôle sur la situation dont j’avais également l’impression qu’elle était imprévisible puisque certaines journées se passaient à merveille alors que d’autres non. De plus, cette situation m’était nouvelle puisque je n’avais pas encore eu à faire face à une telle résistance avec un élève. Finalement, j’avais l’impression que cette relation était menaçante pour mon égo d’enseignant, que les réactions de résistance avec mon élève pouvaient faire de moi un moins bon enseignant (Lupien, 2010).

C’est pourquoi le travail réflexif effectué tout au long du cours m’a permis de remédier à cet état anxieux. Étant d’un style d’attachement sécure, je savais que cet état d’anxiété n’était pas révélateur de ma façon de la gérer et que j’avais le pouvoir de changer ma perception de la situation avec mon élève. Toutefois, bien que sécure, dans ma relation avec mon élève, je devenais un anxieux combattif « surtout en quête de gratification, bien qu’apparemment sûr [de moi] et de [mes] points forts » (Braconnier, 2002). J’anticipais en permanence, j’étais un «hyperactif» qui cherchais à trouver la solution qui permettrait à mon élève de s’en sortir, quitte à m’épuiser professionnellement.


C’est ainsi que la distanciation m’a permis de m’en sortir, car j’étais trop pris dans mon problème. Le yoga que je pratique quotidiennement sur le plan corporel et la respiration consciente méditative sur le plan émotionnel et cognitif m’ont permis la distanciation nécessaire  pour ajuster mes comportements avec mon élève (Dumas, 2008 et Gibson Desrochers, 2011). Dans ce travail réflexif, je me suis outillé pour reprendre le contrôle sur la situation en ayant des solutions. Je me suis adapté et préparé pour parer aux réactions imprévisibles de mon élève qui ne sont désormais plus nouvelles pour moi et qui n’affectent plus mon égo que j’ai rassuré lors de mes réflexions dans mon carnet de stress et d’anxiété (CSA). 

MON EXPÉRIENCE D’ENTREVUE COLLECTIVE

« Plus on partage, plus on possède. Voilà le miracle. » ─ de Léonard Nimoy

Tout au long de l’entrevue collective que nous avons effectuée en classe, j’ai ressenti un calme et une détente bienfaisante, car j’avais accompli un travail personnel sur mon stress et mon anxiété et je me savais en sécurité avec mes collègues qui suivent le cours et avec qui je me sentais à l’aise de partager. Cette sécurité m’a permis de me rendre plus vulnérable, de faire part de mon histoire personnelle dans la gestion de mon stress et de mon anxiété et de posséder davantage de connaissance sur le sujet.

Ma participation lors de l’entrevue collective s’est faite dans l’écoute de l’autre afin d’accueillir les émotions et le vécu des autres de façon empathique, c’est-à-dire sans jugement, en accueillant le vécu émotionnel de mes collègues et avec la distance nécessaire  pour pouvoir faire avancer tout le groupe. J’ai partagé mes réflexions aux groupes afin de faire avancer la réflexion collective en présentant le vécu avec mon élève et mon avancement professionnel dans la gestion de mon stress et de mon anxiété.

LES IMPACTS DE CETTE ENTREVUE AU SEIN DE MA COMPRÉHENSION DU STRESS ET DE L’ANXIÉTÉ CHEZ L’ENSEIGNANT

À la suite de cette expérience de partage, je retiens  que le stress est un outil essentiel pour les enseignants, car il nous permet de nous adapter avant, pendant et après notre enseignement. Il en est de même pour les élèves qui doivent constamment s’adapter pour pouvoir apprendre. J’ai appris également que l’anxiété pouvait être nuisible si elle perturbe l’enseignant dans son comportement, sa qualité de vie, son développement et/ou sa vie personnelle. Il faut de plus que l’enseignant soit conscient de l’impact qu’il peut avoir sur la gestion du stress et de l’anxiété auprès de ses élèves, car « certains adultes ont si bien appris à 'faire avec' les habitudes et les routines anxieuses de l’enfant qu’ils en minimisent l’ampleur ou en nient les conséquences » (Dumas, 2008).

Le stress et l’anxiété peuvent aider le développement professionnel des enseignants s’ils en prennent tout d’abord conscience. Cette prise de conscience demande une vulnérabilité de la part de l’enseignant face à ce qui lui fait peur. Si celui-ci accepte son anxiété, il doit ensuite s’en détacher afin de pouvoir agir de façon adéquate au lieu de réagir, car si le stress et l’anxiété nous permettent de mieux nous adapter à une situation potentiellement « dangereuse », elle peut également nous détruire si l’enseignant ne combat pas la source de ce danger. Face au stress qui peut représenter un réel besoin de changement, l’enseignant se perfectionne en s’outillant pour avoir le contrôle, en se préparant pour parer à l’imprévisible, en s’adaptant face à la nouveauté et en augmentant son estime de lui par la recherche de ses qualités et la dédramatisation de l’égo qui se sent parfois menacé.

Désormais, je briserai le cycle de la rumination anxieuse qui m’empêche de goûter au bonheur de la classe. Je saurai prendre le temps nécessaire pour comprendre ce que je vis  sur le plan émotionnel, corporel, cognitif et comportemental. Je prendrai la distance nécessaire pour pouvoir mieux analyser la situation stressante. Je m’adapterai à cette situation et deviendrai ainsi un meilleur enseignant, car « ce qui fait l'homme, c'est sa grande faculté d'adaptation » ─ Socrate. 

 Références

Braconnier, A. (2002). Petit ou grand anxieux. Paris : Odile Jacob.
Chapoutier, G. (2012). Du stress à l’anxiété. L’essentiel Cerveau et Psycho, 10, p. 4 à 6.
Dumas, J. (2008). L’enfant anxieux. Comprendre la peur de la peur et redonner courage. Bruxelles, De Boeck.
Lacourse, L. (2001). On se calme ou l’art de désamorcer le stress et l’anxiété.

Lupien, S. (2010). Par amour du stress. Boisbriand : Éditions au Carré. 

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