Dans le cadre du cours Accompagner l'enfant stressé et anxieux, j’ai
développé une conscience personnelle du phénomène du stress et de l’anxiété ainsi
que de son impact sur mon développement professionnel. En en prenant
connaissance, j’ai acquis de la puissance nécessaire pour pouvoir y faire face,
pour faire de mon stress et de mon anxiété des alliés. Le cerveau étant un combattant, je dois donc
apprendre à combattre mes stresseurs afin d’augmenter mon sentiment de
compétence essentiel pour l’enseignant sécurisant que je dois être pour mes
élèves (Lupien, 2006).
Pour pouvoir faire face à mes
stresseurs, il fallait d’abord que je prenne connaissance de ceux-ci. « Une
telle compréhension permet d’agir (au lieu de réagir) avec souvent plus de connaissance,
de compétence, d’intention juste et en lien avec les besoins de développement et
de maturité de la personne » (Dumas, 2008). Sachant que je dois être une
figure sécurisante et aimante pour mes élèves, je dois donc chercher à agir
plutôt que réagir afin de développer davantage le lien d’attachement nécessaire
entre mes élèves et moi. C’est pourquoi le travail effectué dans mon carnet de
stress et d’anxiété (CSA) m’a permis de prendre conscience de mes stresseurs
avant que mon anxiété ne devienne pathologique.
Le stress m’est essentiel puisqu’il
me permet de m’adapter à mon environnement (Lacourse, 2001). Toutefois, j’ai
pris conscience que je vivais davantage de l’anxiété que du stress, car j’anticipais
la menace que pouvait représenter un de mes élèves avant même qu’elle ne se
produise en classe (Chapouthier, 2012). Cette anxiété liée à la relation
résistante d’attachement que je vivais avec un de mes élèves en classe était de
nature pathologique puisque je commençais à éviter la source de mon anxiété et
que je parlais sans cesse de ce que je craignais en y trouvant des excuses. Mon
carnet de stress et d’anxiété révèle ce dialogue que je fais avec mon anxiété
sur cet élève tout au long du cours. Toutefois, ayant acquis les connaissances
nécessaires lors de ce cours, j’ai mieux compris les sources d’anxiété que
représentait cette relation très difficile pour moi.
« Le stress se manifeste lorsque
l’individu est confronté à des événements qui, selon lui, mettent en danger son
bien-être et devant lesquels il ne pense pas avoir les ressources suffisantes pour
réagir » (Lazarus, 1966). C’est ainsi que dans ma relation avec mon élève
ayant un style d’attachement résistant, j’ai eu l’impression de ne pas avoir eu
le contrôle sur la situation dont j’avais également l’impression qu’elle était imprévisible
puisque certaines journées se passaient à merveille alors que d’autres non. De
plus, cette situation m’était nouvelle puisque je n’avais pas encore eu à faire
face à une telle résistance avec un élève. Finalement, j’avais l’impression que
cette relation était menaçante pour mon égo d’enseignant, que les réactions de
résistance avec mon élève pouvaient faire de moi un moins bon enseignant (Lupien,
2010).
C’est pourquoi le travail réflexif
effectué tout au long du cours m’a permis de remédier à cet état anxieux. Étant
d’un style d’attachement sécure, je savais que cet état d’anxiété n’était pas
révélateur de ma façon de la gérer et que j’avais le pouvoir de changer ma
perception de la situation avec mon élève. Toutefois, bien que sécure, dans ma
relation avec mon élève, je devenais un anxieux combattif « surtout en quête
de gratification, bien qu’apparemment sûr [de moi] et de [mes] points forts »
(Braconnier, 2002). J’anticipais en permanence, j’étais un «hyperactif» qui
cherchais à trouver la solution qui permettrait à mon élève de s’en sortir,
quitte à m’épuiser professionnellement.
C’est ainsi que la distanciation
m’a permis de m’en sortir, car j’étais trop pris dans mon problème. Le yoga que
je pratique quotidiennement sur le plan corporel et la respiration consciente
méditative sur le plan émotionnel et cognitif m’ont permis la distanciation nécessaire
pour ajuster mes comportements avec mon
élève (Dumas, 2008 et Gibson Desrochers, 2011). Dans ce travail réflexif, je me
suis outillé pour reprendre le contrôle sur la situation en ayant des
solutions. Je me suis adapté et préparé pour parer aux réactions imprévisibles
de mon élève qui ne sont désormais plus nouvelles pour moi et qui n’affectent
plus mon égo que j’ai rassuré lors de mes réflexions dans mon carnet de stress
et d’anxiété (CSA).
MON EXPÉRIENCE D’ENTREVUE COLLECTIVE
« Plus on
partage, plus on possède. Voilà le miracle. » ─ de Léonard Nimoy
Tout au long de l’entrevue
collective que nous avons effectuée en classe, j’ai ressenti un calme et une
détente bienfaisante, car j’avais accompli un travail personnel sur mon stress
et mon anxiété et je me savais en sécurité avec mes collègues qui suivent le
cours et avec qui je me sentais à l’aise de partager. Cette sécurité m’a permis
de me rendre plus vulnérable, de faire part de mon histoire personnelle dans la
gestion de mon stress et de mon anxiété et de posséder davantage de
connaissance sur le sujet.
Ma participation lors de l’entrevue
collective s’est faite dans l’écoute de l’autre afin d’accueillir les émotions
et le vécu des autres de façon empathique, c’est-à-dire sans jugement, en
accueillant le vécu émotionnel de mes collègues et avec la distance
nécessaire pour pouvoir faire avancer
tout le groupe. J’ai partagé mes réflexions aux groupes afin de faire avancer
la réflexion collective en présentant le vécu avec mon élève et mon avancement
professionnel dans la gestion de mon stress et de mon anxiété.
LES IMPACTS DE CETTE ENTREVUE AU SEIN DE MA
COMPRÉHENSION DU STRESS ET DE L’ANXIÉTÉ CHEZ L’ENSEIGNANT
À la suite de cette expérience de
partage, je retiens que le stress est un
outil essentiel pour les enseignants, car il nous permet de nous adapter avant,
pendant et après notre enseignement. Il en est de même pour les élèves qui
doivent constamment s’adapter pour pouvoir apprendre. J’ai appris également que
l’anxiété pouvait être nuisible si elle perturbe l’enseignant dans son comportement,
sa qualité de vie, son développement et/ou sa vie personnelle. Il faut de plus
que l’enseignant soit conscient de l’impact qu’il peut avoir sur la gestion du
stress et de l’anxiété auprès de ses élèves, car « certains adultes ont si
bien appris à 'faire avec' les habitudes et les routines anxieuses de l’enfant qu’ils
en minimisent l’ampleur ou en nient les conséquences » (Dumas, 2008).
Le stress et l’anxiété peuvent aider
le développement professionnel des enseignants s’ils en prennent tout d’abord
conscience. Cette prise de conscience demande une vulnérabilité de la part de l’enseignant
face à ce qui lui fait peur. Si celui-ci accepte son anxiété, il doit ensuite s’en
détacher afin de pouvoir agir de façon adéquate au lieu de réagir, car si le
stress et l’anxiété nous permettent de mieux nous adapter à une situation
potentiellement « dangereuse », elle peut également nous détruire si
l’enseignant ne combat pas la source de ce danger. Face au stress qui peut représenter
un réel besoin de changement, l’enseignant se perfectionne en s’outillant pour
avoir le contrôle, en se préparant pour parer à l’imprévisible, en s’adaptant
face à la nouveauté et en augmentant son estime de lui par la recherche de ses
qualités et la dédramatisation de l’égo qui se sent parfois menacé.
Désormais, je briserai le cycle de
la rumination anxieuse qui m’empêche de goûter au bonheur de la classe. Je
saurai prendre le temps nécessaire pour comprendre ce que je vis sur le plan émotionnel, corporel, cognitif et
comportemental. Je prendrai la distance nécessaire pour pouvoir mieux analyser
la situation stressante. Je m’adapterai à cette situation et deviendrai ainsi
un meilleur enseignant, car « ce qui fait l'homme, c'est sa grande faculté
d'adaptation » ─ Socrate.
Références
Braconnier, A. (2002). Petit ou grand anxieux. Paris : Odile
Jacob.
Chapoutier, G. (2012). Du stress à l’anxiété. L’essentiel
Cerveau et Psycho, 10, p. 4 à 6.
Dumas, J. (2008). L’enfant anxieux. Comprendre la peur de la
peur et redonner courage. Bruxelles, De Boeck.
Lacourse, L. (2001). On se calme ou l’art de désamorcer le stress
et l’anxiété.
Lupien, S. (2010). Par amour du stress. Boisbriand : Éditions
au Carré.

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